La sœur de Fernand Khnopff, Marguerite, lui sert probablement de modèle pour réaliser La Défiance. Sur base d’une photographie, il exprime son idéal féminin en le rehaussant d’un dessin. Ce portrait, aux yeux dans les profondeurs desquelles on ne sait s’il faut y déceler dédain ou candeur, est souligné par la blancheur du lys, symbole de pureté. L’ovale du visage, à peine marqué, n’est appuyé qu’au niveau du menton. Le front est caressé par une boucle de cheveux, l’ensemble est baigné dans un camaïeu de gris qui permet le velouté du crayon. Le regard, important dans l’oeuvre de Khnopff, captive immédiatement et on ne voit plus que lui. On se perd dans ces pupilles qui regardent au loin. L'art de Fernand Khnopff s'inscrit dans le courant symboliste qui se développe à la fin du XIXe siècle. La réalité y est généralement traitée de manière mimétique, mais elle contient néanmoins une importante dimension de mystère et d’intériorité. Au-delà du réel, au-delà des objets ou des êtres, il existe une face cachée, un monde de l’âme où règnent le doute, l’amertume et le malaise. Cette attitude est tout aussi symptomatique de la société en pleine mutation que celle de l’optimisme généré par les divers progrès modernes. Ce courant se traduit notamment par un retour aux thématiques religieuses porteuses d’une vision moralisatrice, initiées en France par Gustave Doré qui illustrait la Bible et la Divine Comédie.