Parade (1922) fait partie des grandes compositions à figures que Gust De Smet peint au début des années 1920. L’artiste gantois se trouve alors encore aux Pays-Bas, rejoints au début de la Première Guerre mondiale. C’est en exil là-bas, au contact de différents courants modernistes – le fauvisme, le cubisme, l’expressionnisme… – que De Smet connaît sa plus importante évolution formelle vers un langage propre, apparent ici. Dans Parade, son assimilation du cubisme se révèle à travers le traitement synthétique et géométrique désormais privilégié par l’artiste, pour représenter une scène de divertissement populaire. Le chapiteau de cirque à l’arrière-plan est suggéré par un simple cône, les seins des baladines par des ronds concentriques... En tendant vers l’essentiel, De Smet intensifie la force d’expression du tableau, une quête premièrement lancée par les expressionnistes allemands. Contrairement à ces derniers, qui se laissent volontiers guider par leurs élans émotionnels pour livrer des formes convulsées, l’artiste belge mûrit et maîtrise sa composition, ordonnée à l’aide de grandes lignes verticales, horizontales et diagonales. De Smet vient peupler sa plateforme de représentation avec des personnages sculpturaux, modelés en jouant sur une subtile gradation des tons. Ce ne sont pas des êtres individualisés auxquels De Smet donne corps ici : l’artiste arrive à sa « figure type », avec ses grands yeux en amande, son front froncé, le nez longiligne. De nouveau, les inspirations de De Smet sont plurielles, de l’art égyptien (la représentation du visage de profil, avec le corps de face) à la xylographie (la division du visage en une zone claire et une zone obscure). Les figures se fondent parfaitement dans leur environnement, ce que vient faciliter la palette de bruns et d’ocres, liant les différents éléments. Cette unité est caractéristique de l’œuvre de De Smet, expressionniste recherchant l'harmonie, plutôt que la confrontation à la dure réalité, plus souvent recherchée par ses confrères.