Le ciel a toujours fasciné les artistes, comme le souligne Charles Baudelaire dans son ouvrage Le Spleen de Paris. René Magritte ne fait pas exception à la règle. Le ciel bleu, ponctué de nuages, est en effet omniprésent dans son œuvre. Mais ce motif « innocent », presque enfantin, est détourné, déplacé, ou comme ici, enfermé dans un espace étonnant. Dans cette toile L’ Eté réalisée en 1932, le ciel est placé à l’intérieur d’un drapeau. Le pavillon n’est plus le symbole d’une société ou d’un groupe d’individus ; il s’est métamorphosé en une surface poétique, vierge de tout message politique. Il est devenu un motif universel, une percée de ciel bleu au cœur d’un paysage urbain et froid. Le titre du tableau, lui, est une provocation. Magritte veut que le spectateur s’attende à voir une évocation gracieuse et colorée de la saison évoquée. A la place, il lui propose une façade triste et uniforme, aux fenêtres dénuées de vie, que seul le drapeau de nuages vient égayer. En général, les motifs sur lesquels Magritte nous invite à nous pencher sont des motifs de la vie quotidienne. Ceux-ci reviennent de manière récurrente dans son œuvre. On ne peut cependant parler de fétichisme, car chez l’artiste l’objet ne renvoie à aucun autre symbole que lui-même. C’est l’alliance incongrue de motifs réalistes, sans rapport les uns avec les autres, qui crée des situations surréelles nous plongeant dans un monde mystérieux.