Acquise en 1950 lors de la vente d’une collection privée, L’Agenouillé est la sculpture la plus célèbre du Gantois George Minne, ici fondue en bronze. Les figures agenouillées apparaissent pour la première fois dans son œuvre en 1889, sous la forme d’un couple accablé, aux têtes baissées – Adam et Eve chassés du Paradis. Conçu près de dix ans plus tard, cet Agenouillé témoigne du cheminement accompli par Minne, entre-temps intégré dans l’avant-garde bruxelloise. Comme dans Adam et Eve, le jeune garçon regarde vers le sol, la tête inclinée. Mais ici, il est isolé, dénué de tout contexte ; le rendu de son corps est beaucoup plus épuré, et sa position plus stylisée. Le jeune homme agenouillé en angle droit est réduit à une « chrysalide humaine » (Le Petit Bleu, 1899) qui serre son corps frêle de ses longs bras pliés, ses épaules et ses coudes formant des saillies supplémentaires. Par son angularité et son élongation, l’Agenouillé évoque les statues-colonnes de la sculpture gothique. Le parallèle n’avait pas échappé aux contemporains de Minne : « C’est un gothique, modernisé mais authentique. Les figures de son œuvre semblent détachées des foules sculptées qui peuplent les anciennes cathédrales. Mais elles révèlent une angoisse et une inquiétude qui sont bien d’aujourd’hui » (le critique d’art Franz Hellens, 1925). A travers ce rapport stimulant au Moyen-Age, innervant son art symboliste véhiculant des émotions (le recueillement, la crainte, la douleur…) et d’innombrables dessins et sculptures au fil desquels il parvient à essentialiser ses quelques motifs de prédilection (dont L’Agenouillé), George Minne renouvelle la sculpture au tournant du siècle. Son grand groupe sculpté de cinq Agenouillés disposés autour d’une vasque circulaire, surnommé La Fontaine de Narcisse par l’écrivain Karel Van de Woestijne, fera grande impression aux Salons de la Libre Esthétique (1899) et de la Sécession viennoise (1900), marquant une nouvelle génération d’artistes expressionnistes, tels Egon Schiele et Oskar Kokoschka. Ce dernier a particulièrement loué l’intériorité se dégageant de sculptures comme L’Agenouillé.