Pris en radiographie, un couple s’embrasse. Leurs deux mentons se superposent, donnant plus de matière à la transparence du visage esquissé. Dans ce Kiss 5, tout en abordant les thèmes de l’amour et de la sexualité, Wim Delvoye nous montre ce que l’on ne peut voir: l’intérieur du corps et ses fonctions. Comme dans son célèbre Cloaca, œuvre qui reproduit le système digestif humain, il dévoile les structures internes de l’organisme et exhibe des détails aussi prosaïques que les plombages ou les implants dentaires. Cet artiste belge contemporain est l’un des plus reconnus actuellement. Ici, il s’empare d’un thème romantique avec provocation et dérision. Surtout, il exprime un rapport au réel caractéristique de l’art belge, avec ce décalage entre une représentation se voulant érotique, et l’anatomie des crânes qui symbolisent la mort. La représentation de squelettes et de crânes, appelée Vanité, est une tradition iconographique héritée de la Renaissance et plus particulièrement du Baroque. Elle a fasciné des artistes comme James Ensor ou Delvaux. Les crânes immiscés dans les natures-mortes suggéraient que l’existence humaine est vaine et éphémère. La série Kiss de Wim Delvoye exhibe les plaisirs de la vie et de l’amour, mais à la manière d’un memento mori, «souviens-toi que tu mourras».