Cofondatrice de l’association de la Jeune Peinture belge en 1945, Anne Bonnet n’est aujourd’hui plus aussi connue que d’autres membres, tels ses amis Gaston Bertrand et Louis Van Lint, même si diverses initiatives émergent pour la réhabiliter (exposition au Musée Marthe Donas, en 2022). De son vivant, Bonnet a pourtant exposé à travers le monde, des Biennales de Venise et de São Paulo à la deuxième Documenta de Cassel. Cette Composition, non datée mais probablement réalisée entre 1954 et 1958, est représentative de l’abstraction développée par l’artiste, formée à l’Académie de Bruxelles et de Saint-Josse. A ses débuts, elle peint des tableaux réalistes intimistes, dans le courant de l’animisme. Après la Seconde Guerre mondiale, et parallèlement à d’autres artistes, Bonnet se rapproche de l’abstraction en simplifiant et en géométrisant des motifs observés dans la réalité, dans le sillage des expériences cubistes du début du XXe siècle. Le référent réel disparaît parfois entièrement, au profit d’une émergence libre et pleinement picturale des formes et des couleurs. C’est aussi le cas de cette Composition, où des cercles et des quadrilatères irréguliers sont peints comme en suspension, et interconnectés par un réseau nerveux de lignes noires. L’aspect grumeleux et strié de la pâte contribue à rythmer la toile, dans un matiérisme alors largement expérimenté en peinture. L’artiste démontre aussi ses talents de coloriste, en illuminant le bleu-vert dominant avec des accents complémentaires d’un rouge vif et d’un jaune solaire. Cette réunion d’équilibre, de dynamisme et de vibration chromatique est caractéristique des œuvres d’Anne Bonnet de cette période, et a été comparée à certaines compositions similaires de Paul Klee.