En captant sur un petit panneau en bois cet instantané très sensoriel des nuages qu’il voit passer, Hippolyte Boulenger défait la peinture de paysage de toute dimension topographique et pittoresque. L’observation du ciel, des variations atmosphériques et des vibrations lumineuses devient le point de départ pour se livrer à un exercice pictural exalté, s’affirmant dans les empâtements et les coups de brosse apparents, vecteurs d’une expression personnelle pleinement revendiquée. Comme le note l’Art moderne en 1881, « Partout on sent la main, on sent la patte, active, habile, nerveuse, posant le coup de brosse, enlevant la touche, accrochant aux bons endroits la lumière ou l'accent (…) Le printemps, le matin, la lumière, les rameaux élancés, les vergers en fleurs, les prés d'un vert humide, les ciels délicats, égayés d'un arc-en-ciel quand il les assombrissait d'un orage, les blancheurs d'un hiver neigeux, voilà ce que sa palette savait faire chanter ». Actif pendant une bonne dizaine d’années avant de mourir prématurément, Hippolyte Boulenger est entré dans l’histoire de l’art belge comme le « principal préfigurateur du paysage impressionniste en Belgique » (Serge Goyens de Heusch). Il était aussi la figure de proue de L’Ecole de Tervueren, qu’il lance en 1866, pour désigner les artistes – lui y compris – , qui s’installent à Tervueren, pour y peindre en plein air dans la Forêt de Soignes. Le terme choisi est un clin d’œil aux précurseurs français de « l’Ecole de Barbizon », plantant, eux, leur chevalet en lisière de la Forêt de Fontainebleau.