Peint en 1912, Après la messe est considéré par le professeur Bart Verschaffel comme « le chef-d’œuvre absolu » de Louis Thevenet, auteur de près de 1000 tableaux. C’est cette toile que l’artiste présente à l’Exposition universelle de Gand en 1913, également l’année de sa première exposition monographique à la Galerie Georges Giroux à Bruxelles. Son œuvre est riche en vues d’intérieurs – d’églises, de cafés, de ses propres maisons successives dans l’agglomération bruxelloise. Le plus souvent, il dépeint des pièces désertes, habitées seulement par les objets familiers de leurs occupants. Mais ici, un bébé domine la composition, trônant sur son siège d’enfant « comme le Christ dans l’art religieux ancien » (B. Verschaffel). Le modèle est sans doute Jeanneke, la fille que Thevenet et son épouse Emma adoptent peu après sa naissance. Après la messe illustre le retour au foyer – près du chat – après l’office religieux, signifié par le missel déposé sur la table nappée, aux côtés des gants, du chapeau, du porte-monnaie et du parapluie dont on se déleste en rentrant. Au centre, la bouilloire sphérique réfléchit une autre présence, du peintre ou du spectateur. A droite, on entraperçoit deux marches menant vers une autre pièce, où chauffe le poêle. De telles situations et espaces de transition, oscillant entre absence et présence, constituent le cœur de la peinture de Thevenet. Le fils d’un ami proche, Claude Lyr, y lit une pulsion échappatoire : « Que trouverons-nous dans les mille tableaux laissés par Thevenet ? Des portes ouvertes, des fenêtres ouvertes, des échappées de lumières, des cannes, des chapeaux, des parapluies (…) tous symboles ou, si l’on préfère, symptômes d’évasion ». Une expansion salutaire recherchée dans des rituels sacrés, comme la messe, ou l’art : « Quand je peins, le diable recule. Mon art, c’est mon signe de la croix », confiait Thevenet. Formé en grande partie en autodidacte, sous le mentorat bienveillant de son ami peintre Auguste Oleffe, Après la messe manifeste sa joie de peindre : usant d’une touche onctueuse et expressive, il fait se contraster le blanc et le noir tout en jouant sur des rappels de couleurs vives. Les ornements du chapeau lui servent même de prétexte pour se livrer à un micro-feu d’artifice de peinture abstraite.